« Au Bon Marché, j’achète les yeux fermés. Quand je vais au Louvre, je les rouvre » ; « Le chocolat LSK CSKI » ; « Il n’y a que Maille qui m’aille ». Ces slogans publicitaires pourraient être attribués à une agence contemporaine, mais ils sont l’œuvre de Sacha Guitry, maître du verbe et de l’image. L’écrivain-cinéaste a marqué l’histoire par ses pièces de théâtre et ses films, bien au-delà de ses incursions dans la réclame. Gaumont a eu la bonne idée de rééditer en Blu-Ray quatre de ses œuvres tournées entre 1937 et 1938, des films aussi réjouissants que variés dans leur genre, loin des blockbusters de Cannes qui monopolisent l’attention en mai.

Un casting de légende pour une intrigue fantasque

Parmi ces quatre films, Les Perles de la Couronne se distingue par son casting prestigieux : Raimu, Jean-Louis Barrault, Claude Dauphin et Jacqueline Delubac entourent Guitry lui-même, qui y incarne tour à tour François Ier, Barras et Napoléon III. L’intrigue, aussi fabuleuse que fantaisiste, suit un collier de sept perles fines offert par le pape Clément VII à Catherine de Médicis. Le récit croise ensuite Mary Stuart et Élisabeth Ire avant de s’achever sur le paquebot Normandie, que Guitry filme avec admiration. Pour les amateurs de transatlantiques de l’époque, cette séquence offre un aperçu rare du célèbre navire, aujourd’hui disparu.

L’année suivante, Guitry adapte sa propre pièce Désiré, où il campe un valet de chambre stylé et impeccable, épris de sa patronne Odette Cléry. « Ce pourrait être un drame, mais j’ai décidé d’en faire une comédie qui est parfois une comédie bouffe », déclarait-il à la sortie du film. Le résultat, selon Gaumont, est une « comédie » où les conventions sociales se mêlent à une verve légère. Jacques Lourcelles y voit une œuvre où « arabesques, digressions et parenthèses » s’enchaînent comme un bonbon acidulé, une pure merveille.

En 1938, Guitry change de registre avec Remontons les Champs-Élysées, un voyage historique où il incarne un instituteur-narrateur descendant de Louis XV, Marat et Napoléon Ier. Le film déroule l’histoire de France de 1697 à 1938, de l’Étoile à la Concorde, en une heure et quarante-deux minutes. La verve de Guitry transforme les erreurs et anecdotes approximatives en un récit entraînant. Tous les comédiens, issus de l’élite du cinéma français des années 1930, semblent y prendre un plaisir évident, preuve du charisme du réalisateur.

Quadrille clôt cette édition en forme de clin d’œil à l’univers de Guitry. Le film, adapté de sa pièce créée à Orléans en 1937, repose sur le couple Guitry-Delubac, servi par Gaby Morlay et Pauline Carton. Si la qualité cinématographique n’est pas toujours au rendez-vous, l’esprit Guitry, inimitable, persiste. La surprise vient des bonus : Le Mot de Cambronne, un moyen métrage savoureux qui revisite la fameuse repartie du maréchal à Waterloo en 1815.

La verve Guitry : entre comédie et histoire

Cette rééditions des quatre films de Guitry est l’occasion de redécouvrir un pan méconnu de son œuvre, entre comédie historique, adaptation théâtrale et esprit boulevardier. Gaumont a su mettre en valeur ces pépites des années 1930, où le verbe et l’audace narrative prenaient le pas sur les effets spéciaux ou les intrigues complexes. Une plongée dans un cinéma où l’intelligence et le rire se mêlaient sans complexe.


Sources :
  • Causeur

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