Il y a des scandales qui surprennent. Celui-là n'en est pas un. Lorsqu'une jurée du Centre national du cinéma ose confesser publiquement son intention de réserver les deniers publics à ses amis et d'en priver les créateurs de droite, elle ne commet pas une faute isolée, elle lève le voile sur un système. Un système organisé, installé, confortable dans ses certitudes et ses réseaux. Une cour des miroirs où les mêmes se cooptent, se congratulent et se financent depuis des décennies avec l'argent de tous.
L'aveu est d'une brutalité rare. Cette femme, mandatée pour siéger dans une commission d'État soumise à l'obligation de neutralité, a assumé sa partialité comme on revendique une vertu. Elle distribuerait les aides selon ses affinités, ses convictions, son camp. Jamais la logique de l'entre-soi idéologique n'avait été exposée avec une telle impudeur. Ce n'est pas une maladresse : c'est la révélation d'une culture institutionnelle profondément corrompue.
Car l'argent du CNC n'est pas celui de la gauche.
Il n'est pas davantage celui d'une coterie parisienne qui se prend pour la conscience artistique de la nation. Il est celui du plombier normand, de l'infirmière bretonne, de l'artisan alsacien qui paient leurs taxes sans jamais voir leurs valeurs, leur sensibilité, leur vision du monde représentées dans les œuvres que l'État choisit de soutenir. La surreprésentation massive des créateurs marqués à gauche parmi les bénéficiaires historiques du fonds n'est pas une coïncidence statistique. C'est le résultat prévisible d'une machine à trier les artistes selon leur appartenance politique.
Gaëtan Bruel a suspendu le fonds. C'était l'unique décision honorable. On l'en crédite. Mais qu'on ne se méprenne pas : renvoyer la jurée fautive ne suffit pas à purger le vice d'un système. Un seul aveu n'explique pas des années de biais systématique. Ce qui s'est passé au CNC est le symptôme d'une gangrène qui touche l'ensemble des institutions culturelles françaises, ces bastions où la pensée unique règne, où le pluralisme n'est qu'un mot de façade et où la diversité s'arrête précisément là où commencent les idées qui dérangent.
La réforme ne peut pas se contenter d'un replâtrage.
Il faut refondre les jurys, imposer des critères objectifs, instaurer une transparence totale sur les attributions passées et à venir, et garantir enfin que la création française dans sa pluralité, toute sa pluralité, puisse accéder à un soutien public débarrassé de tout clientélisme. Le talent n'a pas de carte de parti. La République non plus.
Ce qui s'est passé au CNC est une honte.
Pas seulement pour ses responsables. Pour chacun qui, par indolence ou complicité, a laissé prospérer ce système en sachant très bien ce qu'il était.
- communiqué de presse officiel du Centre national du cinéma et de l'image animée, validé par Gaëtan Bruel, justifie l'aspect institutionnel.
- enquêtes de l'Observatoire du journalisme et de la revue Entrevue, analysant le gel de ces subventions
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