Le navire MV Hondius a quitté Ushuaïa en Argentine le 12 avril pour une croisière transatlantique. Après trois jours d'errance au large du Cap-Vert, il doit accoster ce week-end dans les îles Canaries avec 150 passagers et membres d'équipage à son bord. Trois cas d'hantavirus ont été confirmés parmi les passagers, dont un décès survenu onze jours après le départ. L'Argentine, pays de départ de la croisière, recense 66 cas en 2025, soit le plus grand nombre sur le continent américain selon l'Organisation panaméricaine de la santé.

La souche des Andes, seule capable de se transmettre entre humains, a provoqué chez les passagers infectés une évolution rapide vers une pneumonie sévère et un état de choc. « Plus la prise en charge est rapide, meilleur sera le pronostic. Mais, à ce jour, il n'existe pas de thérapeutique spécifique, on traite uniquement les symptômes », explique Virginie Sauvage, responsable du Centre national de référence des hantavirus à l'Institut Pasteur. Les médecins ont recours à l'oxygénothérapie en réanimation, mais l'efficacité de l'antiviral ribavirine, utilisée ponctuellement, n'est pas scientifiquement prouvée.

Une souche à haut risque

Les hantavirus du Nouveau Monde, dont la souche andine, affichent une mortalité record pouvant dépasser 40 %, voire atteindre 50 % selon des chercheurs argentins. « La période d'incubation varie entre une et six semaines, mais se situe généralement autour de deux à trois semaines », précise Anaïs Legand, experte technique sur les fièvres hémorragiques virales à l'OMS. Ce délai explique que la première personne contaminée ait été exposée avant l'embarquement, probablement en contact avec un rongeur.

L'hantavirus des Andes affiche une létalité pouvant atteindre 50 %. Pourtant, l'OMS juge le risque pour la santé publique « bas ».

L'OMS a annoncé l'envoi de 2 500 kits de dépistage depuis l'Argentine vers cinq pays. En France, des tests PCR permettent d'identifier les hantavirus, mais leur utilisation reste réservée aux cas contacts identifiés. Le contexte confiné d'une croisière favorise la circulation du virus, d'autant plus que les passagers incluent des personnes âgées, plus vulnérables. « Cette souche peut se transmettre dans des conditions de promiscuité particulières, comme sur un bateau », souligne Vincent Ronin, infectiologue à l'ANRS-MIE.

La recherche des cas contacts se poursuit à l'échelle mondiale. Aux Pays-Bas, une hôtesse de KLM, en contact avec une passagère néerlandaise décédée en Afrique du Sud après avoir brièvement embarqué sur un vol Johannesburg-Amsterdam, est en cours de dépistage. À Sainte-Hélène, les autorités sanitaires surveillent les personnes ayant eu des contacts prolongés avec les passagers malades. Deux résidents de Singapour placés à l'isolement attendent leurs résultats.

Malgré l'inquiétude suscitée, les autorités sanitaires maintiennent un discours rassurant. « Ce n'est pas le début d'une épidémie. Ce n'est pas le début d'une pandémie », a martelé Maria Van Kerkhove, responsable du département de prévention et préparation aux épidémies à l'OMS. « Nous pensons que cette épisode restera limité si les mesures de santé publique sont appliquées et si tous les pays font preuve de solidarité », a-t-elle ajouté. Le croisiériste Oceanwide Expeditions a confirmé qu'aucune personne ne présentait plus de symptômes à bord.

Aucune transmission avant les symptômes : la clé pour éviter une épidémie.

Pourtant, la situation rappelle l'importance de la recherche sur les agents pathogènes émergents. « Les investissements dans les traitements, les tests de dépistage et les vaccins sauvent des vies », insiste Maria Van Kerkhove. À ce jour, tout porte à croire que la situation est sous contrôle, notamment parce que le nombre de personnes infectées reste faible et qu'aucune transmission n'a été observée avant l'apparition des symptômes.

Un navire sous surveillance mondiale

La passagère néerlandaise décédée en Afrique du Sud avait tenté de rentrer aux Pays-Bas après avoir été refusée à l'embarquement sur un vol Johannesburg-Amsterdam en raison de son état de santé. Une hôtesse de KLM ayant été en contact avec elle est désormais en dépistage. Les autorités sanitaires néerlandaises recherchent également les personnes présentes à l'aéroport de Johannesburg et le personnel soignant ayant pris en charge la patiente.

Sources :
  • France Info

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