Les gendarmes d’Eure-et-Loir n’en revenaient pas. En pleine après-midi, une Suzuki GSX-R, reconnaissable à son allure de fauve, dévalait l’autoroute A11 à la vitesse folle de 274 km/h, là où la limite est fixée à 130 km/h. Ce jour-là, les deux militaires en patrouille n’avaient qu’un objectif : intercepter ce bolide avant qu’il ne cause un drame. « On est là pour intercepter le véhicule. C’est après qu’on se dit que c’était quand même une vitesse assez importante », confie l’un d’eux, encore marqué par l’ampleur de l’excès. Après un kilomètre de poursuite, les gendarmes rattrapent enfin le jeune conducteur, un homme de 25 ans au visage défait.
L’entretien avec le motard révèle une explication aussi prévisible qu’inacceptable : l’euphorie des 24 Heures du Mans, dont il se rendait justement à l’événement. « La personne était très respectueuse, a reconnu son erreur. Elle était juste un peu dans l'euphorie de l'événement des 24 Heures du Mans », relate le gendarme. Pourtant, cette excuse ne change rien au danger encouru. Le permis du conducteur est immédiatement suspendu pour au moins six mois, tandis que la justice pourrait lui infliger jusqu’à 3 750 euros d’amende. Un coût lourd pour un geste irréfléchi.
Des vitesses extrêmes, un danger sous-estimé
À l’heure où les excès de vitesse sont désormais considérés comme des délits passibles de trois mois de prison, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les motards en infraction sont majoritairement des hommes d’une vingtaine d’années, souvent inconscients des risques encourus. « 274 km/h, vous allez tellement vite que vous êtes invisible dans les rétroviseurs. Pour le motocycliste qui arrive à cette vitesse-là, il ne peut absolument pas ne serait-ce que décélérer puisqu'il sera lui-même surpris par la manœuvre de l'usager qui ne l'aura pas vu arriver », explique le capitaine Samuel Kaddouri, commandant de l’escadron départemental d’Eure-et-Loir. Un avertissement qui souligne l’impossibilité de réagir à temps face à de tels excès.
Les dérives ne concernent pas que l’Eure-et-Loir. Ailleurs en France, des cas similaires se multiplient, comme ce motard intercepté à Toulouse après avoir frôlé les 279 km/h sur le périphérique. D’autres, encore, narguent les radars avant d’être rattrapés après des mois d’enquête. Face à notre caméra, certains motards avouent sans détour leur penchant pour la vitesse : « Quand on aime bien la vitesse, on a toujours, de temps en temps, la poignée un peu lourde, on fait des essais. Je pense que de 180, j'ai dû y aller même en voiture », confie l’un d’eux. Une confession qui en dit long sur la banalisation de ces comportements à haut risque.
L’illusion de l’invulnérabilité sur deux roues
Cette affaire illustre un phénomène récurrent : la surestimation de ses capacités par les jeunes conducteurs, souvent convaincus de maîtriser leur machine malgré les risques objectifs. Les statistiques des forces de l’ordre confirment cette tendance, avec une augmentation des excès de vitesse mortels chez les moins de 30 ans. Pourtant, les conséquences sont rarement abstraites. Entre 2022 et 2023, les accidents impliquant des motards en excès de vitesse ont augmenté de 12 % en France, selon les données de la Sécurité routière. Les pouvoirs publics, de leur côté, durcissent le ton : depuis 2023, les grands excès de vitesse sont requalifiés en délits, avec des peines pouvant aller jusqu’à trois mois de prison ferme. Une réponse judiciaire qui vise à rappeler que la route n’est pas un circuit, et que la vie des autres usagers compte au moins autant que l’adrénaline d’un bolide.
- France Info
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