Roland Blaudy, 73 ans, condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour des faits de viols et agressions sexuelles aggravées en récidive, va recouvrer la liberté le 12 mai prochain. Après 19 ans d'incarcération, il quittera le centre pénitentiaire de Caen pour s'installer à Rennes. Cette proximité géographique avec l'une de ses victimes a provoqué l'émoi de Karine Jambu, qui dénonce un message accablant de la part de la justice : « Mon violeur, il retrouve la liberté et moi je vais devoir me cacher chez moi. C'est cela le message de la justice ».
Dans un communiqué publié ce dimanche 10 mai, le procureur de la République de Caen Joël Garrigue tente d'éclairer cette décision controversée. Il reconnaît que la situation « suscite un légitime questionnement ». Les faits remontent à 2005, lorsque Roland Blaudy a été incarcéré pour la première fois. Condamné à 18 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Seine-et-Marne, il a ensuite écopé de 30 ans supplémentaires en 2018 par celle d'Ille-et-Vilaine, assortis d'une période de sûreté de 20 ans.
Une décision judiciaire sous le feu des critiques
La confusion des peines a joué un rôle central dans ce dossier. La cour d'assises d'Ille-et-Vilaine a absorbé la première condamnation dans la seconde, fixant le point de départ de la peine à la date de l'incarcération initiale, le 13 avril 2005. Résultat : Roland Blaudy n'a plus qu'à purger les 30 ans, avec 20 ans de sûreté. Une mécanique judiciaire qui, pour ses détracteurs, illustre les limites des dispositifs actuels.
Pour justifier le choix du lieu de résidence, la justice avance un argument précis : sans cette adresse à Rennes, aucun suivi ni contrôle efficace n'aurait pu être mis en place. Roland Blaudy sera soumis à un ensemble de mesures strictes pendant quinze ans. Parmi elles, une interdiction de fréquenter les lieux habituellement fréquentés par les mineurs, une obligation de soins, une indemnisation des victimes et un placement sous surveillance électronique mobile pendant deux ans, renouvelable.
Le procureur de Caen assure que Karine Jambu a été informée de la situation. « Si l’on peut bien entendu comprendre l’inquiétude que suscite cette remise en liberté pour elle, il faut rappeler que tous les dispositifs juridiquement mobilisables pour assurer une prévention effective de la récidive et une surveillance poussée de ce condamné ont été mis en œuvre », précise-t-il. Pourtant, la colère persiste chez les proches de la victime.
La tante de Karine Jambu, devenue sa mère adoptive, Laurence Jambu, a exprimé son indignation sans détour : « C'est scandaleux, honteux, horrible, dégueulasse. Il y a deux choses inacceptables. D'abord, il n'y a pas d'interdiction de territoire. Il va habiter tout près de chez ma fille et en plus dans un quartier où il y a plein d'enfants. C'est un endroit où ma fille passe pour aller travailler ».
Elle a également dénoncé le mécanisme de la confusion des peines, qu'elle juge incompréhensible : « Et en plus, ce pédophile bénéficie d'une confusion des peines. La loi, c'est comme cela. C'est un nouveau coup dur ». Pour faire entendre sa colère, Laurence Jambu a lancé une pétition exigeant la suppression de la confusion des peines pour les « violeurs, meurtriers et autres criminels violents ». À ce jour, plus de 64 000 signatures ont été recueillies.
Les mesures de contrôle mises en place par la justice
La justice insiste sur les dispositifs de surveillance mis en place. Pourtant, pour les victimes et leurs proches, ces garanties apparaissent insuffisantes face à l'angoisse d'une cohabitation forcée avec leur agresseur. La polémique révèle les tensions persistantes entre les impératifs de réinsertion et les craintes légitimes des victimes.
- BFMTV
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