L'Espagne compte des milliers de villages aux noms chargés d'histoire, mais un seul commence par la lettre W. Wamba, situé dans la province de Valladolid, doit son appellation à un souverain goth élu roi en 672 dans cette même localité. À l'époque, le lieu portait le nom de Gérticos, où le roi Recesvinto possédait une villa de repos. À sa mort, les nobles locaux choisirent Wamba comme successeur dès le jour même de son décès.
Un nom lié à la couronne gothique
Wamba n'est pas seulement connu pour son initiale insolite. Le village abrite l'une des rares églises de style mozárabe encore conservées en Espagne : Santa María. Ses origines remontent au VIIe siècle, bien que seules la triple abside à trois arcs outrepassés, le premier tronçon des nefs et le mur nord soient d'origine visigothe. Au XIIe siècle, le temple fut placé sous la protection des Chevaliers Hospitaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui y ajoutèrent une nef centrale reconstruite dans un style roman tardif, avec un plafond en bois, des arcs légèrement brisés et des colonnes élancées.
Une église aux mille visages
L'église conserve également un grand patio où s'élevait autrefois le cloître d'un monastère du Xe siècle. Parmi ses éléments les plus anciens figure un chapiteau byzantin en marbre, orné de motifs humains et végétaux. Les traces des templiers sont visibles à travers la Croix de Malte blanche à huit pointes, présente dans plusieurs salles. Deux tombes aux décorations mozárabes retiennent particulièrement l'attention : celle de don Andrés del Arroyo et de son épouse, ainsi que celle d'Urraca de Portugal, fille d'Alphonse Ier de Portugal, reine consort de León et plus tard membre de l'Ordre du Temple, retirée au monastère de Wamba.
Wamba possède un autre trésor : le plus grand ossuaire d'Espagne. Des milliers de tibias, fémurs et crânes s'entassent, soigneusement rangés dans une salle ayant autrefois abrité un important monastère cistercien. Les restes, aujourd'hui moins nombreux qu'à l'origine, furent en partie transférés à Madrid dans les années 1950 par le docteur Gregorio Marañón, pour les besoins des étudiants en médecine de la Faculté de Médecine. Ces ossements, bien sûr, ne revinrent jamais à leur lieu d'origine.
Hors du village, deux ermitages attirent les fidèles. L'ermitage de Santa María de la Encina, construit en pierre et récemment restauré, se dresse en périphérie. À l'extérieur de Wamba, l'ermitage du Cristo del Humilladero, datant du XVIIIe siècle, abrite une statue du Christ et complète ce patrimoine religieux exceptionnel. Le village compte également quelques maisons restaurées aux façades harmonieuses, ainsi que des demeures seigneuriales, dont certaines jouxtent l'église Santa María.
L'ossuaire qui défie le temps
Dans ce village de quelque 300 âmes, niché dans les Montes Torozos et traversé par le Camino de Santiago de Madrid, l'histoire s'écrit en pierres et en os. Entre visigoths, mozárabes et templiers, Wamba offre un voyage dans le temps où chaque édifice raconte une époque révolue.
- La Razón
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