Après les déserts médicaux, la France découvre l’ampleur d’une autre crise sanitaire : l’effritement de son réseau de pharmacies. Selon TF1, plus de 2 000 officines ont fermé leurs portes en une décennie sur l’ensemble du territoire, avec une concentration alarmante dans les zones rurales. Un phénomène qui illustre une perte d’attractivité croissante pour un métier pourtant central dans l’accès aux soins.
À Bazouges Cré sur Loir, dans la Sarthe, la pharmacie locale est fermée depuis six mois. Malgré des tentatives locales pour attirer un repreneur – baisse du loyer, aides financières –, aucune candidature ne s’est présentée. Le constat est identique ailleurs : les pharmaciens, incapables de recruter, refusent des rythmes de travail jugés insoutenables pour des équipes réduites à leur plus simple expression.
Le poids des chiffres
À Ligny-le-Châtel, dans l’Yonne, une petite équipe de titulaires enchaîne désormais des journées de treize heures. Entre service au comptoir, tâches administratives et gardes de nuit, l’épuisement guette. Pourtant, ces professionnels assurent un rôle pivot : derniers soignants accessibles sans rendez-vous, ils prodiguent des consultations improvisées, non rémunérées, et pallient l’absence de médecins dans des territoires abandonnés.
Les nouvelles missions attribuées aux officines – vaccination, dépistage – ne suffisent pas à compenser la charge mentale et horaire qui pèse sur les équipes. Pire, la filière elle-même montre des signes d’essoufflement en amont : l’an dernier, près de 300 places sur 2 600 sont restées vacantes dans les facultés de pharmacie. Pour les étudiants, le métier apparaît souvent comme un second choix, relégué derrière la médecine.
Cette pénurie de diplômés laisse craindre un « effet domino » : la disparition d’une pharmacie en zone rurale accélère le déclin des commerces alentour, puis des écoles, vidant peu à peu les villages de leur substance. Une spirale qui menace de transformer des pans entiers du territoire en déserts sanitaires et économiques.
Les données officielles confirment l’ampleur du phénomène. Entre 2014 et 2024, le nombre d’officines en France a diminué de près de 8 %, avec une accélération notable depuis 2020. Les régions les plus touchées – Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Nouvelle-Aquitaine – enregistrent des fermetures massives, souvent dans des communes déjà fragilisées par le départ des jeunes et des actifs. Les aides publiques, comme les primes à l’installation ou les exonérations fiscales, peinent à inverser la tendance, faute de candidats.
Les syndicats professionnels dénoncent une politique de santé publique qui a longtemps ignoré les spécificités des territoires ruraux. « On nous demande de faire toujours plus avec toujours moins, alors que les conditions de travail se dégradent », confie un pharmacien de l’Allier sous couvert d’anonymat. Les charges administratives, en hausse constante, s’ajoutent à la pression des patients, de plus en plus exigeants face à des délais d’attente allongés.
Un métier en voie d’épuisement
Les élus locaux tentent de réagir, mais leurs marges de manœuvre sont limitées. Certains villages misent sur des regroupements de pharmacies ou des modèles coopératifs pour maintenir une présence minimale. À Montluel, dans l’Ain, une officine a été reprise par une société d’exercice libéral, permettant de maintenir un service malgré la pénurie. Une solution temporaire, mais qui ne résout pas le problème de fond : l’attractivité du métier et la désertification médicale.
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