Les agents de sécurité britanniques ont reçu pour consigne de ne plus intervenir lorsqu'ils surprennent un vol en magasin, par crainte de subir des violences ou de voir leur licence professionnelle révoquée. Les syndicats leur recommandent désormais de « surveiller, signaler et témoigner pour la police », sans s'exposer à des risques inutiles, même si cela va à l'encontre de leurs réflexes professionnels.

Daniel Garnham, secrétaire général de la Fédération de l'industrie de la sécurité (SIF), a précisé cette directive face à « l'augmentation des vols et des violences en magasin » ainsi qu'à la confusion persistante sur les règles applicables. Il a souligné l'absence d'une approche coordonnée entre le régulateur, les employeurs et les clients, laissant les agents livrés à des consignes contradictoires selon les enseignes.

Une consigne qui divise les acteurs du secteur

Plusieurs cas récents illustrent les conséquences de cette situation. Sean Egan, gérant chez Morrisons depuis 29 ans, a été licencié après avoir tenté d'interpeller un voleur récurrent dans l'établissement d'Aldridge, près de Walsall. L'agression physique du voleur, qui a craché sur lui, a été retenue par l'employeur comme motif de licenciement, au motif que la politique de l'entreprise interdit de retenir les voleurs.

De même, Walker Smith, employé chez Waitrose depuis 17 ans, a été renvoyé pour avoir maîtrisé un voleur de chocolats de Pâques dans le magasin de Clapham Junction, dans le sud-ouest de Londres. Le vol de près de 2 000 livres sterling de marchandises chez Greggs, commis par un individu particulièrement actif, a également mis en lumière la vulnérabilité des employés face à cette délinquance.

Gavin Ramsay, licencié d'Asda après 25 ans de service, a subi le même sort pour avoir tenté d'empêcher un jeune de s'enfuir avec une bouteille d'alcool volée. Ces exemples s'ajoutent à des appels publics de certains dirigeants de supermarchés en faveur de l'armement des agents de sécurité avec matraques et sprays au poivre, une proposition jugée « irresponsable » par la SIF sans préparation adaptée.

La fédération estime que cette mesure créerait « encore plus de risques dans un système déjà incohérent et contradictoire ». Les membres sont invités à éviter toute confrontation, même si cela contredit leur instinct professionnel. « La sécurité des employés passe avant tout », a déclaré Daniel Garnham. « Nous exigeons des directives nationales claires sur les interventions légales, une formation réaliste et un soutien concret pour ceux qui agissent de bonne foi, ainsi que la fin des politiques exposant les agents à la violence tout en les sanctionnant pour avoir fait leur travail ».

Le syndicat Usdaw, qui compte 360 000 membres, partage cette position et recommande à ses adhérents « de ne pas intervenir contre des criminels potentiellement dangereux et de privilégier leur sécurité ». Le GMB, l'un des principaux syndicats britanniques, a également réagi en déclarant que « les employeurs ne peuvent attendre des agents de sécurité qu'ils risquent leur intégrité physique pour protéger leurs marges ».

Les syndicats dénoncent l'absence de protection des employés

Cette prise de position intervient alors que Keir Starmer, Premier ministre britannique, a annoncé un durcissement contre le vol à l'étalage, qualifiant cette délinquance de « libre-service » et promettant le déploiement de 3 000 policiers supplémentaires pour lutter contre ces infractions. Le gouvernement envisage également de criminaliser les agressions contre les employés de la grande distribution, une mesure déjà proposée par Ken Murphy, PDG de Tesco, en 2023.

Sources :
  • Daily Mail

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