Depuis près de trois décennies, le laboratoire Odost, installé à Castéra-Verduzan dans le Gers, incarne une résistance discrète mais tenace face aux géants de l’industrie du dentifrice. Avec seulement vingt-cinq salariés, cette entreprise familiale a su transformer une ressource locale en un atout commercial d’envergure, en s’appuyant sur les vertus apaisantes de l’eau thermale de sa région. Premier employeur du village de plus d’un millier d’habitants, le site a démontré une résilience remarquable, notamment après un incendie dévastateur en juin 2025 qui avait interrompu sa production pendant quatre mois. Malgré cette épreuve, la société a su rebondir et envisage désormais d’accélérer sa croissance.

Fondée en 1998 par Jean-Jacques Lascombes, pharmacien de formation, l’entreprise a vu le jour grâce à une rencontre décisive avec un chirurgien-dentiste en cure dans les thermes locaux. Ensemble, ils ont imaginé une marque de dentifrice, Buccotherm, dont la formule contient pas moins de 50 % d’eau thermale, certifiée pour ses bienfaits sur les maladies bucco-dentaires. Roland Lascombes, qui a repris les rênes de l’entreprise en 2001, souligne l’originalité du procédé : l’eau thermale est acheminée directement vers l’usine par un réseau de tuyaux en acier, préservant ainsi toutes ses propriétés naturelles. Les produits, exclusivement distribués en pharmacie, se distinguent par leur qualité et leur ancrage territorial.

Sur les deux sites de production, l’un à Castéra-Verduzan et l’autre à Jegun, près d’une tonne de pâte dentifrice est quotidiennement transformée dans d’immenses cuves avant d’être conditionnée sur des lignes automatisées. L’usine, où flotte une odeur envoûtante de fraise, emploie des salariés comme Jean-Marc Laurencin, conducteur de lignes depuis plus de dix ans. « Produire jusqu’à 2 400 tubes par heure, c’est une chance pour notre commune, confie-t-il. Travailler dans cette entreprise familiale, où tout le monde se connaît, tout en vivant à la campagne, c’est un privilège rare », ajoute-t-il, fier de contribuer à cette aventure collective.

Les gammes de Buccotherm, certifiées bio, s’étendent des produits pour enfants aux solutions pour adultes, incluant même des formats rechargeables. L’entreprise a également diversifié son offre avec des sprays nasaux à base d’eau thermale et d’eau de mer, dont la demande a explosé depuis l’interdiction des médicaments anti-rhumes en vente libre. En 2024, le laboratoire Odost a enregistré un chiffre d’affaires record de 6,9 millions d’euros, permettant d’envisager un ambitieux plan d’investissement de 1,7 million d’euros sur trois ans. Parmi les projets phares : l’extension des locaux de 300 à 400 m² et la modernisation des lignes de production avec l’intégration de robots, notamment pour les aérosols et le conditionnement.

En 2025, l’objectif est clair : doubler la production, actuellement de 4 millions de tubes, pour atteindre 8 millions d’unités. Cette ambition s’accompagne de la création de deux à trois nouveaux postes, renforçant ainsi l’ancrage économique de ce territoire rural. Roland Lascombes insiste sur la stratégie gagnante de son entreprise : « Produire en France nous a permis de capter des activités de sous-traitance pour des marques comme Humer ou Mercurochrome, tout en capitalisant sur le savoir-faire Buccotherm et la qualité de notre eau thermale ». Une réussite qui prouve qu’en misant sur l’excellence locale et l’innovation discrète, une PME peut rivaliser avec les géants de son secteur.

Sources :
  • Le Parisien

Votre soutien est plus essentiel que jamais.

Cet article vous est offert gratuitement par NATIONO. Notre rédaction garantit son indépendance en refusant toute influence. Votre contribution, même modeste, est le moteur de notre liberté.

Soutenir NATIONO