Un véhicule filant à 187 km/h, masqué et à contresens : une vidéo diffusée en ligne illustre la folie des membres du gang des 'Lucky Dip', désormais associé à l’un des accidents les plus meurtriers de l’histoire récente de l’Irlande. Cinq adolescents, âgés de 15 à 18 ans, ont péri dimanche à 3 heures du matin sur l’autoroute M9, dans le comté de Kildare, après avoir percuté de plein fouet une voiture transportant une famille. Trois sœurs et un enfant de sept ans, tous grièvement blessés, luttent désormais entre la vie et la muerte dans un hôpital de Dublin.
Un gang né des quartiers défavorisés
Selon les autorités, le BMW des cinq victimes circulait à contresens lorsqu’il a heurté le véhicule des civils. Deux heures avant la collision, des policiers de la ville voisine d’Athy avaient été alertés pour des tentatives de vol de voitures par un groupe masqué. Arrivés sur place, ils avaient vu le même véhicule, conduit par les adolescents, s’engager sur l’autoroute M9 en sens inverse. Les forces de l’ordre, contraintes de renoncer à la poursuite pour des raisons de sécurité, avaient prévu d’utiliser un dispositif anti-pneus à la sortie suivante. Trop tard : l’impact fut instantané.
Le gang des 'Lucky Dip', dont le nom évoque leur méthode de ciblage aléatoire des zones urbaines défavorisées de Dublin, est connu pour ses vols de véhicules suivis de courses-poursuites filmées et diffusées sur les réseaux sociaux. Les jeunes membres, souvent issus de quartiers précaires, cherchent à accumuler les vues et les likes en mettant en scène des défis toujours plus dangereux. Depuis 2022, ils sont liés à près de 300 incidents, incluant vols, cambriolages et accidents de la route.
Les réseaux sociaux, accélérateur de la folie
Les chiffres internes de la police, révélés par la chaîne RTE, sont édifiants : onze membres actifs du gang ont été inculpés à 427 reprises l’an dernier, soit une moyenne de 39 chefs d’accusation par personne. Leur âge moyen ? Seize ans. Parmi les cinq victimes de l’accident de dimanche, au moins trois avaient publiquement revendiqué leur appartenance au groupe ou leur participation à des courses à contresens pour échapper aux forces de l’ordre.
Kamil Pustkowski, 17 ans, l’un des cinq adolescents décédés, avait posté plusieurs vidéos où il se vantait de distancer les policiers en balaclava, musique à fond et compteur à plus de 180 km/h. Sur l’une d’elles, filmée à travers le rétroviseur, on distingue les gyrophares bleus d’une voiture de patrouille. Le commentaire, en argot irlandais, clamait : « Ils se sont fait avoir, les gars. Cupra fumé. » Une autre vidéo montrait le compteur de vitesse s’affoler, tandis qu’une troisième affichait fièrement : « Zone sans panique ici.
Les sources policières décrivent une dynamique de surenchère entre jeunes, où la recherche de likes prime sur tout autre considération. « Ces gamins terrorisent les quartiers depuis des semaines, voire des mois, explique une source au Daily Mail. Ils ciblent les voitures qu’ils estiment dépourvues d’anti-démarrage, puis partent en virée. Parfois masqués, parfois non, ils savent qu’ils ne risquent presque rien : le système judiciaire irlandais est impuissant face à des mineurs.
Le phénomène dépasse largement le cadre du gang. Les courses à contresens inspirées par les 'Lucky Dip' se multiplient. Le week-end précédent, neuf personnes avaient été blessées sur l’autoroute M50 à Dublin après qu’un véhicule eut circulé en sens inverse. La police irlandaise, souvent contrainte d’abandonner les poursuites pour éviter des drames, se retrouve dans une impasse : protéger le public tout en laissant des criminels impunis.
La police impuissante face à la déferlante
Dans un communiqué publié dimanche, le commissaire de la Garda, Justin Kelly, a dénoncé une « conduite irresponsable et dangereuse », aggravée par la quête de visibilité sur les réseaux sociaux. « Ce comportement devrait être évident pour tous, mais le fait qu’il soit parfois motivé par la recherche de likes le rend encore plus odieux. Les conséquences sur les innocents et les conducteurs eux-mêmes peuvent être dévastatrices.
- Daily Mail
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