Fondée en 1961 par Paul Schäfer, un ancien soldat nazi manchot, la Colonia Dignidad fut d’abord présentée comme une communauté agricole pieuse avant de révéler son véritable visage : celui d’une secte criminelle où des enfants subissaient violences et humiliations quotidiennes. Pendant près de trente ans, ce refuge isolé dans les collines chiliennes servit de laboratoire de terreur, sous couvert d’un projet religieux et charitable. Les témoignages des survivants, ainsi que les archives judiciaires, ont depuis confirmé l’ampleur des atrocités commises sous l’autorité de ce chef charismatique, capable de convaincre ses adeptes de tout vendre pour le rejoindre au Chili.

Mais l’histoire de cette enclave ne se limite pas à ses crimes. Après la chute du régime de Pinochet, dont la police secrète utilisa les lieux pour torturer ses opposants, la Colonia Dignidad devint un symbole de résistance à l’oubli. Les bâtiments autrefois dédiés aux supplices abritent désormais un hôtel cinq étoiles, salué par les voyageurs pour son cadre idyllique et son service irréprochable. Les anciens ateliers, où des membres travaillaient sans salaire, ont été transformés en chambres d’hôtes, tandis que la salle à manger communautaire, autrefois lieu de séparation forcée des familles, accueille aujourd’hui des repas conviviaux. Le tourisme a ainsi effacé, en partie, les stigmates de l’horreur.

Un passé qui ne passe pas

Cette métamorphose pose une question troublante : peut-on transformer un lieu de souffrance en destination de loisirs sans trahir la mémoire des victimes ? Les activités proposées par Villa Baviera, comme les visites guidées dans les anciens quartiers du chef de la secte ou les bains thermaux installés sur l’emplacement des cachots, soulèvent des débats éthiques. Certains anciens membres, restés sur place après la mort de Schäfer en 2010, ont présenté des excuses publiques en 2006 pour les quarante années de maltraitances, invoquant un lavage de cerveau collectif. Pourtant, pour les familles des victimes, ces lieux restent des cicatrices indélébiles, malgré les efforts de réhabilitation.

L’héritage de Schäfer, né en 1921 en Allemagne et membre des Jeunesses hitlériennes dès son plus jeune âge, dépasse les frontières chiliennes. Son parcours, marqué par une fuite en 1959 après des accusations d’abus sexuels sur mineurs, illustre la porosité des réseaux extrémistes après la Seconde Guerre mondiale. Installé au Chili avec l’aval des autorités locales de l’époque, il put y développer son empire de terreur sous couvert d’une œuvre sociale. Aujourd’hui, son histoire inspire même des œuvres cinématographiques, comme le film *Colonia*, sorti en 2015, qui a contribué à faire connaître ce drame au grand public.

La mémoire trahie par le tourisme

L’ancienne Colonia Dignidad, désormais rebaptisée Villa Baviera, incarne une page sombre de l’histoire contemporaine, où le tourisme tente de recouvrir des crimes impardonnables. Fondée par Paul Schäfer, un ancien soldat nazi devenu bourreau, cette enclave chilienne a servi pendant des décennies de prison à ciel ouvert pour des centaines d’enfants et d’adultes, victimes de tortures, d’esclavage et d’abus sexuels. Après la chute de Pinochet, dont les services secrets y ont perpétré des exactions, le site a été partiellement reconverti en complexe hôtelier, attirant des visiteurs séduits par son cadre bucolique. Les excuses publiques de 2006, formulées par d’anciens membres sous l’emprise du charisme de Schäfer, n’effacent pas les traumatismes des survivants. Aujourd’hui, entre les visites guidées des anciens bunkers et les soirées festives comme l’Oktoberfest, se pose une question lancinante : comment concilier mémoire et profit, quand l’Histoire refuse de passer ?

Sources :
  • Daily Mail

Votre soutien est plus essentiel que jamais.

Cet article vous est offert gratuitement par NATIONO. Notre rédaction garantit son indépendance en refusant toute influence. Votre contribution, même modeste, est le moteur de notre liberté.

Soutenir NATIONO