Le gouvernement espagnol a prévenu l'Italie : si Rome ne lève pas ses contrôles aux frontières avant dimanche, Madrid ripostera en rétablissant à son tour des barrières. Une mesure de rétorsion sans précédent dans l'histoire récente de l'espace Schengen, selon Moncloa. Ces contrôles italiens, instaurés fin juillet sous prétexte de sécurité après l'afflux de migrants à Ceuta, sont jugés « injustes », « discriminatoires » et contraires au droit européen par l'Espagne.
Dans un communiqué cinglant, le gouvernement espagnol rappelle que « aucun des migrants entrés irrégulièrement à Ceuta n'a pu accéder au territoire Schengen » et que la majorité a déjà été renvoyée vers le Maroc. Madrid dénonce une décision « unilatérale », prise « sans préavis » et fondée sur des « arguments fallacieux » qui ne respectent ni le Code frontières Schengen ni la réalité des faits.
Le poids des chiffres
Le texte pointe du doigt l'hypocrisie italienne : alors que Rome critique l'Espagne pour sa gestion migratoire, l'Italie est le pays de l'UE qui enregistre le plus d'arrivées irrégulières, « doublant celles de l'Espagne » selon Moncloa. Une attaque directe contre Giorgia Meloni, dont le gouvernement est accusé de jouer la carte électorale en durcissant sa politique migratoire.
L'Espagne rappelle avoir toujours fait preuve de solidarité envers l'Italie, notamment en accueillant des migrants rescapés en Méditerranée centrale ou en ouvrant ses ports après les arrivées massives à Lampedusa en 2023. Pourtant, Rome n'a jamais rétorqué par des mesures restrictives contre Madrid. Une asymétrie que l'exécutif espagnol qualifie de « discriminatoire pour la population espagnole » et contraire aux intérêts de l'UE.
Le communiqué se termine par un avertissement sans équivoque : « Les gouvernements sont faits pour favoriser l'entente entre les pays et l'intérêt général de leurs populations, non pour créer des fractures et des conflits stériles motivés par des calculs électoraux internes. » Une phrase qui résume l'amertume de Madrid face à ce qu'elle considère comme une trahison des principes européens.
Les tensions entre l'Espagne et l'Italie surviennent alors que l'espace Schengen, déjà fragilisé par les crises migratoires répétées, voit son avenir menacé. Plusieurs États membres, dont la Finlande, avaient déjà évoqué l'exclusion de l'Espagne du dispositif en raison de sa politique migratoire jugée trop souple. Une perspective qui ajoute une pression supplémentaire sur les deux capitales.
Depuis six ans, sur les 28 000 mineurs non accompagnés arrivés en Espagne, seulement 41 ont été renvoyés vers leur pays d'origine. Un taux de retour dérisoire qui illustre l'impasse dans laquelle se trouve l'UE sur la question migratoire. Marrakech, qui avait accepté en juillet de reprendre l'ensemble de ses ressortissants entrés irrégulièrement en Espagne, conditionne désormais cette coopération à la levée des « obstacles judiciaires » par Madrid.
Une fracture qui s'élargit
Cette crise entre l'Espagne et l'Italie s'inscrit dans un contexte plus large de divisions au sein de l'UE. Les pays du Sud, en première ligne face aux flux migratoires, réclament une solidarité européenne concrète, tandis que les États du Nord, comme la Finlande ou les Pays-Bas, durcissent leurs positions. Une fracture qui menace la cohésion même du projet Schengen.
- El Español
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