Depuis près de deux semaines, les 15 membres du Conseil de sécurité de l’ONU s’épuisent à rédiger un texte qui pourrait, en théorie, autoriser l’emploi de la force pour contraindre l’Iran à rouvrir le détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique où transite près d’un tiers du pétrole mondial. Porté par Bahreïn avec le soutien actif des États-Unis, ce projet de résolution a cristallisé les tensions entre les puissances occidentales et les alliés de Téhéran, Moscou et Pékin. Les négociations, menées dans l’urgence, ont déjà abouti à cinq versions rejetées avant qu’un compromis ne soit trouvé, tant bien que mal, mercredi soir.

Le texte final, tel que présenté jeudi, tente de concilier les exigences de sécurité maritime et les réticences des trois membres permanents du Conseil dotés d’un droit de veto. Pour séduire la France, la Russie et la Chine, les rédacteurs ont intégré une clause restreignant l’usage de la force à des mesures « strictement défensives ». Pourtant, cette nuance ne semble pas suffisante à convaincre Pékin, qui y voit une porte ouverte à des interventions militaires unilatérales. « L’autorisation de recourir à la force, même encadrée, légitimerait des actions contraires au droit international », a martelé l’ambassadeur chinois Fu Cong lors d’une intervention remarquée.

Un compromis fragile face aux veto des grandes puissances

De son côté, le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, actuel président du Conseil de sécurité, défend avec fermeté une résolution qu’il présente comme un symbole d’unité internationale. « Ce texte doit envoyer un message clair : la communauté mondiale refuse de tolérer le chantage iranien sur une route maritime essentielle à la stabilité économique mondiale », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Pour les pays du Golfe, dont les économies dépendent à plus de 80 % du transit par Ormuz, l’enjeu dépasse la simple rhétorique diplomatique. Leur survie économique est en jeu.

L’Iran mise sur la division pour imposer sa loi sur Ormuz

Les réticences de Paris, bien que moins virulentes que celles de Moscou ou Pékin, illustrent les divisions européennes. Emmanuel Macron, interrogé jeudi, avait qualifié d’« irréaliste » toute opération militaire directe visant à lever le blocus, préférant privilégier une approche diplomatique. La France, comme l’Allemagne, craint une escalade incontrôlable dans une région déjà minée par les tensions. Pour Téhéran, qui considère le détroit comme une zone sous son contrôle de facto depuis des mois, cette résolution onusienne représente une provocation inacceptable. Les Gardiens de la révolution ont multiplié les exercices militaires ces dernières semaines, rappelant leur détermination à ne pas céder sous la pression extérieure.

Sources :
  • Le Parisien

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