La rupture de la coalition entre Junts per Catalunya et Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) en octobre 2022, lors de la sortie de Junts du gouvernement d’union présidé par Pere Aragonès, a ouvert une boîte de Pandore dans les relations entre les deux formations. Depuis, les attaques publiques, autrefois contenues, se sont multipliées, atteignant cette semaine leur paroxysme lors du vote au Congrès des députés sur le décret de prorogation des loyers.

Les deux partis indépendantistes, qui avaient maintenu une façade d’unité pendant la période du procès indépendantiste, ont vu leur rivalité s’exacerber après le rejet, mardi, de la mesure gouvernementale. Junts, aux côtés du Parti populaire (PP), de Vox et de l’Union du peuple navarrais (UPN), a fait basculer le texte. Une décision qui a provoqué des réactions enflammées, notamment de la part du porte-parole d’ERC, Gabriel Rufián, lors de son intervention au Congrès.

Une rupture aux conséquences immédiates

Rufián a directement visé les sept députés de Junts en les accusant de partager les valeurs du PP et de Vox, avant de brandir une pièce de cinquante euros en déclarant : « Savez-vous ce qui est leur drapeau ? Je l’ai ici, il est petit mais efficace : 50 euros, ou peut-être plus. C’est leur drapeau, celui qu’ils partagent avec le PP et Vox. » Il a ensuite remis à la délégation de Junts un document contenant « 300 commentaires de Catalans » sur les réseaux sociaux, critiquant la position du parti sur la question du logement.

L’ancienne maire de Gérone et députée de Junts, Marta Madrenas, a rapporté avoir été interpellée à proximité du Congrès par un individu lui criant : « C’est à cause de toi que des millions de personnes vont être expulsées de chez elles . » avant d’essayer de lui cracher dessus, affirmant l’avoir reconnue grâce à des vidéos diffusées sur TikTok. Junts a qualifié cet incident de franchissement d’une ligne rouge et a saisi les Mossos d’Esquadra, dénonçant une campagne de désinformation et de délation.

Carles Puigdemont, président de Junts, a publié une tribune sur les réseaux sociaux où il établissait un parallèle entre les méthodes de Rufián et celles utilisées par Ciudadanos, qu’il jugeait « sales » et indignes d’un parti historique. Il a également critiqué l’usage systématique de l’espagnol par le porte-parole d’ERC lors des débats parlementaires, alors que la présidente du Congrès, Francina Armengol, s’exprime en catalan pour lui donner la parole. « Parler en castillan quand la présidente elle-même utilise le catalan pour t’adresser la parole est tout un symbole », a-t-il souligné.

Miriam Nogueras, cheffe de file de Junts au Congrès, a confirmé que le parti avait saisi les Mossos d’Esquadra afin qu’ils examinent les allégations de délation publique. Elle faisait référence à un tweet, depuis supprimé, de Francesc Roca, membre d’ERC dans le district de Sant Martí à Barcelone, qui évoquait des revenus locatifs supposés de députés de Junts. « Je ne possède aucun bien en location, et encore moins une structure B », a-t-elle rétorqué, rappelant l’affaire des contre-campagnes internes d’ERC révélée en 2024.

Pilar Calvo, députée de Junts, a dénoncé un « peloton d’exécution » lors de l’intervention de Rufián, accusant ce dernier de cibler ses adversaires en castillan pour exclure les Catalans de son public. Elle a interprété ces attaques comme une stratégie visant à créer un front de gauche pour les prochaines élections générales, rassemblant toutes les forces progressistes, indépendantistes ou non. « Certains ont transformé cet hémicycle en un lieu d’exécution, mardi ils nous ont crié “à l’assaut” à la manière de Vox », a-t-elle déclaré.

Des méthodes qui divisent jusqu'au sein d'ERC

Au sein même d’ERC, la ligne de Rufián suscite des remous. Si le parti évite pour l’instant une guerre ouverte, des voix comme celle de l’ancien député Jose Rodríguez remettent en cause sa stratégie : « Franchement, je ne vois pas ce que nous gagnons à humilier Junts et à attaquer directement leurs députés. » En revanche, Joan Tardà, mentor de Rufián au Congrès et promoteur de la tendance interne « Àgora Republicana », a salué son discours et sa métaphore du billet de cinquante euros.

Sources :
  • El Mundo

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