Gabriel Attal a pu mesurer ce que signifie une privation longue comme un jour sans pain. La proposition de loi permettant d’autoriser le travail des salariés le 1er-Mai ne se limitait pas aux seuls boulangers et fleuristes artisanaux. Derrière une mesure présentée comme ciblée se cachait une ficelle législative : élargir les ouvertures aux filières industrielles. Un décret d’exception de plus de treize pages détaillait les modalités, avec plus d’un million et demi de personnes potentiellement concernées.
Un décret aux allures de piège
Le mot magique brandi par les partisans du texte était le « volontariat ». Pourtant, aucune garantie n’était prévue sur le niveau des salaires. Si un employé ne souhaite pas travailler ce jour-là et préfère rester chez lui, il n’a d’autre choix que de refuser, au risque de subir des pressions. La pénurie de fleurs chaque 1er-Mai n’a pas été évoquée, pas plus que les conditions réelles d’exercice du travail.
C’est oublier trop vite le rapport de subordination entre un salarié et son employeur. Depuis 2019, dans le secteur privé, les arrêts maladie ont bondi de plus de 50 %. Ce chiffre reflète un mal-travail, des comportements abusifs et des risques psychosociaux persistants. Une modulation des cotisations sociales patronales, avec un système de bonus-malus, permettrait de sanctionner les entreprises ne prenant pas de mesures correctives.
Les réactions des dirigeants du centre et de droite ont été immédiates. Certains ont bondi comme des cabris en répétant : « Volontariat . Volontariat . Volontariat . ». Pourtant, comme le soulignait de Gaulle, « la propriété, la direction et le bénéfice des entreprises, dans le système capitaliste, n’appartiennent qu’au capital. Dès lors, ceux qui ne le possèdent pas se trouvent dans une sorte d’état d’aliénation à l’intérieur même de l’activité à laquelle ils contribuent ».
Le 1er-Mai, seul jour férié obligatoirement chômé et payé, incarne une autre vision du travail. Il offre une journée pour autre chose : la famille, les loisirs, ou simplement le repos. Un temps pour ce qui tremble et palpite, loin des contraintes économiques.
Le volontariat, un leurre social
Notre problème n’est pas le temps de travail ni le nombre de journées travaillées, mais le taux d’activité. Trop de personnes, notamment les jeunes et les plus de 55 ans, restent en marge du marché du travail. Le débat doit porter sur ce sujet, et non sur des mesures déguisées pour faire travailler les salariés un jour férié.
- Causeur
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