Abdelmajid Tebboune a bâti une partie de sa légitimité sur une rhétorique anti-française, où la mémoire de la colonisation occupe une place centrale. Dans l’un des couplets de l’hymne national algérien, cette hostilité est même inscrite dans le marbre, rappelant les tensions historiques entre les deux pays. Pourtant, lors de sa visite officielle en Turquie, le président algérien a semblé mettre de côté ces griefs pour privilégier des intérêts stratégiques.
Un revirement diplomatique surprenant
Le déplacement de Tebboune à Ankara s’est conclu par la signature de plusieurs accords économiques, dont un partenariat énergétique ambitieux. Ces engagements, qui concernent notamment les hydrocarbures et les infrastructures, contrastent avec les déclarations belliqueuses tenues à l’encontre de la France ces dernières années. Le message est clair : les affaires priment sur les querelles idéologiques.
Cette attitude n’est pas nouvelle chez le régime algérien, qui a souvent alterné entre discours radical et pragmatisme économique. En 2022, Tebboune avait déjà signé des contrats avec l’Italie, malgré les tensions diplomatiques persistantes avec Paris. La Turquie, avec laquelle Alger partage une proximité géographique et des ambitions régionales communes, devient ainsi un partenaire de substitution.
L’Algérie cherche à diversifier ses alliances
Les observateurs soulignent que cette volte-face s’inscrit dans une logique de diversification des alliances. L’Algérie, sous pression économique et soucieuse de réduire sa dépendance vis-à-vis de la France, cherche à élargir ses partenariats. La Turquie, forte de son influence en Méditerranée et en Afrique, représente une alternative crédible pour les autorités algériennes.
Pourtant, cette stratégie comporte des risques. En se tournant vers Ankara, Alger s’expose à des tensions avec d’autres acteurs régionaux, notamment l’Égypte et le Maroc, déjà en désaccord avec la politique turque. De plus, les accords signés avec la Turquie ne suffiront pas à combler le vide laissé par le retrait partiel de la France, principal partenaire commercial de l’Algérie pendant des décennies.
Les relations franco-algériennes, déjà fragilisées par des décennies de contentieux mémoriels, pourraient encore se dégrader. Paris, qui a longtemps été le premier investisseur étranger en Algérie, voit ses positions s’affaiblir au profit d’autres puissances. La visite de Tebboune en Turquie n’a fait que confirmer cette tendance, sans pour autant apaiser les tensions entre les deux rives de la Méditerranée.
Les risques d’une stratégie économique risquée
Les autorités algériennes justifient cette réorientation par la nécessité de répondre aux besoins économiques urgents du pays. Avec une inflation persistante et un chômage élevé, Alger mise sur des partenariats concrets pour relancer son économie. La Turquie, avec son dynamisme industriel et ses ressources énergétiques, apparaît comme un allié naturel dans cette quête de stabilité.
- Boulevard Voltaire
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