L'avocat Michel Amas alerte depuis des mois sur l'état de l'Aide sociale à l'enfance (ASE), institution qui devrait être un rempart contre les violences faites aux mineurs. Dans un entretien exclusif, il décrit un système déraillé par l'idéologie, où les enfants sont livrés à eux-mêmes faute de moyens et de cadre strict.
Les deux drames qui ont ébranlé la France
Les deux drames de Lyhanna et Louis, âgés respectivement de 8 et 10 ans, ont révélé l'ampleur des dysfonctionnements. Lyhanna est morte en 2022, Louis en 2023, tous deux sous la responsabilité de l'ASE. Leurs cas illustrent une même tragédie : des enfants confiés à des structures où règnent l'insécurité et l'absence de surveillance.
Michel Amas pointe du doigt la multiplication des signalements ignorés et des placements inadaptés. « On place des enfants dans des foyers sans vérifier leur passé, sans évaluer les risques », explique-t-il. Certains mineurs violents, déjà connus des services sociaux, y côtoient des enfants fragiles, sans que rien ne soit fait pour les séparer.
Un système à bout de souffle
L'avocat dénonce aussi le manque criant de personnel qualifié. Les éducateurs, débordés, ne peuvent plus assurer un suivi individualisé. « Les dossiers s'accumulent, les décisions se prennent à la hâte, et les enfants paient le prix », ajoute-t-il. Les chiffres, eux, parlent d'eux-mêmes : plus de 300 000 mineurs suivis par l'ASE en France, pour un budget annuel de 8 milliards d'euros.
Les familles d'accueil, souvent pointées comme une solution idéale, sont elles aussi en crise. Beaucoup renoncent face à la charge administrative et au manque de soutien. Résultat : des enfants errent entre plusieurs structures, sans stabilité ni repères. « L'ASE est devenue une machine à broyer les vies », résume Michel Amas.
Face à ces constats accablants, le gouvernement a promis des réformes. Mais pour l'avocat, elles restent insuffisantes. « On parle de réorganiser, mais on ne touche pas au cœur du problème : l'absence de volonté politique pour appliquer la loi et protéger ces enfants », martèle-t-il.
L'urgence d'une refonte radicale
La question se pose désormais : combien de Louis et de Lyhanna faudra-t-il encore pour que l'État agisse vraiment ? L'ASE, créée pour offrir une protection, est aujourd'hui perçue comme un danger. Le temps des promesses est révolu.
- Le JDD
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