Ma propre famille a quitté Dieppe en 1661 pour rejoindre cette aventure. Comme tant d’autres, elle a traversé l’océan, affronté le froid, les guerres, la faim et l’isolement afin de construire un monde français sur le continent américain. Après la conquête britannique de 1763, ces familles ont dû survivre seules, sans protection de la France, dans un environnement politique et linguistique dominé par l’anglais. Pendant plus de deux siècles, les Canadiens français ont défendu la langue française avec une ténacité exceptionnelle. Ils l’ont protégée dans les écoles, dans les églises, dans les villages, dans les familles. Ils ont résisté à des politiques d’assimilation puissantes. Ils ont subi le mépris social et économique tout en refusant de disparaître.
Voilà ce qu’était réellement la Nouvelle-France : un peuple fondateur devenu une nation historique francophone en Amérique. Or Jean-Luc Mélenchon semble aujourd’hui utiliser ce terme comme une métaphore idéologique destinée à illustrer sa vision d’une France postnationale où l’identité historique française deviendrait secondaire face à une redéfinition permanente du pays.
Une mémoire de siècles de résistance
Plus troublant encore, lorsqu’il laisse entendre que l’on devrait relativiser l’importance même du français comme langue commune mais parler de la langue créole dans la définition de l’identité nationale, il touche directement à ce pour quoi des générations de Français d’Amérique se sont battues pour survivre. Car pour nous, la langue française n’est pas un simple outil administratif interchangeable. Elle est une mémoire vivante. Elle est le dernier lien direct avec nos ancêtres de Nouvelle-France.
Pendant que la France traversait ses révolutions, ses crises politiques et ses bouleversements sociaux, les Canadiens français, eux, luttaient simplement pour continuer à vivre en français sur un continent massivement anglophone. Cette lutte a duré des siècles. Des siècles de sacrifices. Des siècles d’humiliations. Des siècles de résistance silencieuse.
C’est pourquoi les propos de Jean-Luc Mélenchon provoquent aujourd’hui une réaction aussi forte au Québec et dans plusieurs communautés francophones d’Amérique. Car entendre un responsable politique français réutiliser le terme « Nouvelle-France » tout en semblant vider progressivement de son sens l’héritage linguistique français apparaît comme une profonde incompréhension historique. Ou pire encore : comme une récupération idéologique parfaitement consciente.
Il faut mesurer la portée symbolique de cette erreur. Imagine-t-on un dirigeant britannique utiliser le terme « Treize Colonies » pour défendre un projet politique relativisant progressivement l’importance historique de la langue anglaise dans la construction des États-Unis ? Évidemment non. Les Américains considéreraient cela comme une récupération absurde et insultante de leur mémoire nationale.
Jean-Luc Mélenchon affirme souvent défendre les peuples, les identités blessées et les mémoires marginalisées. Alors qu’il commence par écouter ceux qui portent encore aujourd’hui la mémoire vivante de la Nouvelle-France. Car lorsqu’un responsable politique réutilise un héritage historique aussi profond tout en semblant minimiser ce qui en constituait le cœur — la continuité du peuple français et de sa langue — il ne construit pas un pont avec les Français d’Amérique. Il crée une rupture.
L'incompréhension historique des propos de Mélenchon
Cette rupture risque d’être durable tant qu’un véritable respect de notre histoire ne remplacera pas la récupération idéologique de notre mémoire collective. Jean-Luc Mélenchon doit cesser cette appropriation culturelle de la Nouvelle-France et il ne mérite aucunement la présidence de la France.
- Causeur
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