Un cumul qui donne le vertige
Selon sa déclaration de patrimoine publiée sur le site de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), François Bayrou a déclaré en 2024 les revenus suivants : pensions de retraite et rentes pour 153 181 €, indemnités d'élu pour 67 504 €, et traitements salariaux pour 7 698 €, soit un total de plus de 222 000 € sur l'année. Ramené au mois, sa seule pension de retraite dépasse les 12 700 € net. C'est davantage que ce qu'il percevait en tant qu'élu cette même année.
En 2025, même privé de ses indemnités d'élu depuis son entrée à Matignon, il conserve plus de 157 000 € de revenus annuels, soit plus de 13 000 € par mois. Sa retraite seule excède ce que gagnent la plupart des cadres supérieurs ayant cotisé l'intégralité de leur carrière dans le privé.
L'échec du privé révélateur d'une dépendance au public
Un détail mérite d'être souligné. Les revenus professionnels de Bayrou issus du secteur privé (BNC, BIC, BA) sont en négatif : moins 6 145 €. Ses revenus du capital et de l'immobilier s'élèvent à 53 €. En clair, l'homme qui dirige le gouvernement perd de l'argent dans le privé et ne tire l'essentiel de ses ressources que de fonds publics.
Cette situation illustre un paradoxe de notre classe politique : ceux qui prétendent réformer l'économie, encourager l'initiative et défendre le mérite sont souvent les moins exposés aux règles du marché. Un entrepreneur qui perd de l'argent revoit sa stratégie. Un élu dans la même situation perçoit une pension à vie.
Un système conçu pour lui-même
Ce qui est frappant, ce n'est pas uniquement le cas Bayrou. C'est que le système qui rend cela possible n'est remis en question par aucun bord politique. Ni la gauche, ni la droite ne propose sérieusement de soumettre les retraites des parlementaires et anciens ministres au régime général, ni de plafonner le cumul des indemnités et pensions.
Les mêmes qui ont soutenu le recul de l'âge de la retraite pour les Français ordinaires, ou qui invoquent l'impératif de solidarité nationale, maintiennent pour eux-mêmes un régime d'exception. Pendant que le contribuable moyen qui a commencé à travailler tôt, cotisé pendant quarante ans sur un salaire médian, perçoit une retraite souvent inférieure à 1 500 €, certains de leurs représentants touchent dix fois cette somme sans jamais avoir créé la moindre valeur dans le secteur concurrentiel.
La vraie réforme que personne ne veut faire
La question de la réforme des retraites a mobilisé la France entière en 2023. Des millions de personnes ont manifesté, des grèves ont paralysé le pays, des débats houleux ont animé l'Assemblée nationale. Mais dans tout ce tumulte, une réforme n'a jamais été sérieusement évoquée : aligner le régime des élus et anciens ministres sur celui du privé.
Exiger que les retraites des responsables politiques soient calculées selon les mêmes règles que celles des Français ordinaires, sans cumul abusif avec des indemnités en cours, est une mesure de bon sens, de justice et de cohérence républicaine. Son absence du débat public en dit long sur les priorités réelles de la classe politique dans son ensemble.
Un système où les élites fixent leurs propres règles et ne les réforment jamais n'est pas une démocratie en bonne santé. C'est une oligarchie bien installée.
- données issues de la déclaration de patrimoine de François Bayrou publiée sur le site de la HATVP.
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