L’histoire est souvent instrumentalisée à des fins politiques. Certains Américains rappellent que, sans leur intervention dans les deux guerres mondiales, la France et l’Europe seraient peut-être tombées sous le joug allemand et parleraient aujourd’hui l’allemand entre deux plats de choucroute. Une vérité partielle, comme l’a rappelé l’actuel président des États-Unis, dont le grand-père s’enrichit d’abord dans l’industrie hôtelière au Yukon avant de s’illustrer dans d’autres domaines. Son père, lui, fut trafiquant d’alcool à l’époque de la prohibition.

Pourtant, cette vision oublie que les États-Unis n’auraient probablement pas obtenu leur indépendance sans l’aide française. Ils doivent notamment une fière chandelle au roi Louis XVI. Le 4 juillet 1917, moins de trois mois après l’entrée en guerre des États-Unis, le lieutenant-colonel Charles E. Stanton prononça sur la tombe du général marquis de La Fayette ces mots restés célèbres : « La Fayette, we are here ». Un hommage à la gratitude américaine envers la France, réitéré deux ans plus tard par l’ambassadeur Hugh C. Wallace, qui déposa une couronne sur la tombe du héros franco-américain.

Une déclaration aux relents coloniaux

C’est dans ce contexte que le roi Charles III, en visite officielle aux États-Unis fin avril, a pris la parole devant le président américain. Après un exposé sur la démocratie et la séparation des pouvoirs, il a ajouté, avec une pointe d’ironie, que sans l’Angleterre, l’Amérique parlerait français aujourd’hui. Une déclaration qui a suscité des interprétations divergentes.

Les médias français y ont vu une référence à la vente de la Louisiane par Napoléon à la jeune république américaine en 1803. Une transaction qui, selon eux, aurait pu éviter l’expansion de l’anglais sur le continent. Mais les commentateurs québécois ont dénoncé une méconnaissance de l’histoire francophone en Amérique du Nord. Pour eux, Charles III aurait plutôt évoqué la défaite française à Québec en 1759 et la cession de la Nouvelle-France à l’Angleterre par le traité de Paris en 1763.

Les défenseurs de la thèse de la Louisiane soulignent que cette vente a permis aux États-Unis d’étendre leur territoire jusqu’au Mississippi. Une acquisition stratégique qui a renforcé la présence anglophone en Amérique du Nord. Quant aux partisans de la thèse québécoise, ils rappellent que la perte du Canada a marqué la fin de toute ambition française durable sur le continent, malgré le soutien apporté aux insurgés américains quelques années plus tard.

Le roi britannique n’a pas précisé son propos, laissant planer le doute sur ses intentions réelles. Une ambiguïté qui a nourri les spéculations. Certains y voient une simple boutade, d’autres une provocation calculée pour rappeler l’influence historique de l’Angleterre face à une France perçue comme déclinante. Une interprétation que les autorités françaises n’ont pas manquée de relever.

Quoi qu’il en soit, cette sortie de Charles III rappelle que les tensions linguistiques et historiques entre la France et les États-Unis, comme entre le Québec et le reste du Canada, restent vives. Des débats qui dépassent largement les simples querelles de mémoire pour toucher à l’identité même des nations.

L’héritage français en Amérique du Nord

Le propos du souverain britannique s’inscrit dans une longue tradition de rivalité anglo-française en Amérique du Nord. Une rivalité qui a façonné les frontières linguistiques et culturelles du continent. Mais en évoquant la langue française comme une alternative possible à l’anglais, Charles III a ravivé des blessures mal refermées. Une provocation qui dépasse le simple badinage diplomatique.

Sources :
  • Causeur

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