Les agriculteurs et éleveurs écossais traversent une décennie de bouleversements, accélérés par la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Leur rôle évolue : autrefois cantonnés à la production alimentaire, ils deviennent désormais des gardiens des paysages, des protecteurs de la biodiversité et des acteurs de la lutte contre le changement climatique. Pourtant, cette transition s’accompagne de défis économiques majeurs, notamment la pression exercée par les grandes surfaces sur leurs marges déjà fragilisées.
La sécurité alimentaire est au cœur des préoccupations du secteur. Lors du lancement de son programme électoral, le Parti national écossais (SNP) a proposé de plafonner les prix des denrées de base pour rendre une alimentation saine accessible. Une mesure qui, selon les agriculteurs, risquerait de leur être directement imputée, au détriment de leur viabilité financière. Actuellement, le gouvernement écossais alloue environ 660 millions de livres sterling par an au soutien des exploitations, un système initialement conçu pour contenir les prix des produits alimentaires.
Un secteur en pleine mutation
Avec 67 000 personnes employées dans l’agriculture, selon le Recensement agricole écossais, le secteur représente un pilier économique et social. Andrew Connon, président de la Fédération nationale des agriculteurs écossais (NFU Scotland), exploite près d’Ellon, dans l’Aberdeenshire. Il cultive des céréales, élève des moutons et des bovins. « Nous pouvons offrir bien plus que des aliments de qualité », souligne-t-il. « Si notre secteur est viable et durable, nous contribuons à la biodiversité, à la protection de la nature et à l’atténuation du changement climatique.
La NFU Scotland exige que le prochain gouvernement s’engage sur un budget agricole renforcé, avec des financements sécurisés sur plusieurs années, à l’image du système européen de la Politique agricole commune (PAC). Avant le Brexit, ce dispositif garantissait parfois des aides jusqu’à huit ans à l’avance. Depuis 2021, la gestion des subventions a été transférée au gouvernement écossais, et leur répartition vient d’être repensée pour la prochaine législature.
À partir de 2031, dernière année du mandat, l’accent sera moins mis sur la production alimentaire et davantage sur le soutien à la nature et à l’environnement. Les six principaux partis politiques ont été interrogés par l’émission Farming Today sur leur vision de cette transition. Tous reconnaissent la nécessité de soutenir le secteur, mais leurs propositions divergent.
Le SNP prône une « transition mesurée » pour concilier impératifs environnementaux et besoins des agriculteurs, qualifiant cet équilibre de « tâche délicate ». Les travaillistes proposent de plafonner les aides directes aux plus grandes exploitations et de redistribuer les fonds aux petits producteurs. Les Verts écossais souhaitent orienter les subventions vers les méthodes agricoles respectueuses de l’environnement, tandis que les conservateurs promettent d’augmenter le budget agricole d’au moins 50 millions de livres et de garantir des financements pluriannuels.
Les libéraux-démocrates s’engagent à sécuriser des fonds dédiés pendant trois ans, et Reform UK envisage une refonte complète des aides pour « soutenir les agriculteurs actifs » et faciliter leurs investissements. Cependant, le paysage agricole écossais n’est pas homogène. Dans les Highlands, les Îles et certaines zones d’Argyll et Bute, le système des crofts — exploitations familiales transmises depuis 140 ans — reste ancré dans les traditions locales.
Les crofts, entre tradition et spéculation
La Commission des crofts dénombre environ 21 000 exploitations de ce type, soutenant près de 30 000 personnes. Le dernier acte de l’actuel Parlement écossais a été l’adoption d’un projet de loi technique sur les crofts et la Cour des terres écossaise, facilitant notamment leur transmission au sein des familles. Pourtant, cette modernisation s’accompagne de tensions : les prix des crofts flambent, notamment dans les zones touristiques, rendant l’accès à ce mode de vie inaccessible pour les jeunes générations.
- BBC News
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